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Remplacement du FCFA par l’ECO en Zone CEDEAO: L’économiste Djélhi Yao présente les avantages et les inconvénients



« La disparition programmée du franc CFA ne consacre pas la victoire des anti-franc CFA » 

« Elle obéit à l’application pure et simple de la théorie de la zone monétaire optimale »      

« Elle correspond à la mise en œuvre effective du Traité d’Abuja qui prévoit la formation de zones monétaires optimales régionales, puis d’une zone monétaire unique »

 

L’expert en Economie monétaire, Dr Sandavoy Adamoh Djelhi-Yahot, auteur de “Gouvernance en Afrique/ La théorie générale de la gouvernance économique“ et de “ Zone monétaire et développement économique en Afrique“, paru le 19 novembre 2019, aux éditions l’Harmattan, à Paris“, présente, à travers la présente contribution, les avantages et les inconvénients qu’impliquent la décision de remplacer le FCFA par l’ECO en zone CEDEAO.  

 

A l’occasion de sa visite en Côte d’Ivoire du 20 au 22 décembre 2019, le président français, Emmanuel Macron, et le président ivoirien, Alassane Ouattara, ont annoncé que le franc FCFA sera remplacé par l’Eco, la nouvelle monnaie de la zone CEDEAO, avec une parité fixe avec l’Euro, la monnaie européenne et que les dépôts de 50% des réserves extérieures des pays africains de l’ex-UEMOA (qui disparait en même temps que le franc CFA) sera supprimé.

Mais, les deux présidents conviennent de la fixité de parité entre l’Euro et l’Eco et de la garantie de convertibilité de ce dernier par la Banque centrale française.

 

La mise en pratique de ces décisions procurera aux pays africains des avantages certains : gérer eux-mêmes la totalité de leurs réserves extérieures, ne plus les déposer dans le compte d’opérations pour le compte de la Banque centrale française, décider de leur politique monétaire indépendamment de la France, donc retrouver leur indépendance monétaire vis-à-vis de la France, en plus des avantages traditionnels identifiés par la théorie économique : réduction des coûts de transactions, élimination de coûts de conversion, accroissement de la valeur de la monnaie, risk-sharing, intensification du commerce et des relations financières entre Etats membres, stabilité des monétaires et des prix , accélération de la croissance économique etc.

 

Mais, elle comporte aussi des inconvénients tels  que la négociation à nouveau d’accord de coopération monétaire avec la France et l’Europe pour la garantie et la convertibilité de l’Eco (la nouvelle monnaie), la détermination de la parité entre l’Euro et l’Eco, les conditions de la gestion des réserves extérieures et la répartition des revenus de seigneuriage entre les pays de la nouvelle monétaire CEDEAO, la détermination de préférence commune de politique économique, les problèmes de familiarité des populations avec la nouvelle monnaie et de crédibilité à établir pour cette  nouvelle monnaie, la probabilité réelle d’attaques spéculatives contre le franc CFA ou l’Eco pendant la période transitoire, des coûts de conversion des encaisses des agents économiques du franc CFA en Eco etc.

 

Or, le choix du franc CFA comme monnaie commune de la nouvelle zone monétaire CEDEAO (plus rationnel du point de vue économique) aurait permis d’éviter ces problèmes d’autant plus que l’on pouvait très bien maintenir le franc CFA comme monnaie de la zone CEDEAO tout en mettant fin au compte d’opérations et à la gestion des 50% des réserves extérieures des Africains.

 

Pour des raisons – plus politiques ( sans aucun doute sur insistance des pays anglophones de la CEDEAO , le Nigeria et le Ghana) qu’économiques – on a décidé de supprimer le franc CFA pour une autre monnaie que nous espérons aussi crédible et forte que le franc CFA, car , comme je l’ai écrit dans mon livre intitulé  Zone monétaire et développement économique en Afrique, paru le 19 novembre 2019, aux éditions l’Harmattan , à Paris), « la disparition programmée du franc CFA( déjà effective en Afrique de l’Ouest) ne consacre pas la victoire des idéologues et activistes anti-franc CFA ; elle obéit à l’application pure et simple de la théorie de la zone monétaire optimale (Mundell, 1961 ; Fleming, 1961 ; Ingram, 1962 ; MCKinnon, 1963 ; Kenin, 1969 ;  Harry Johnson, 1969) élargie et approfondie par d’autres économistes  (Ishiyama, 1975 ;  Barro et Gordon,1983 ; McCallum, 1993 ; Krugman, 1995. Frankel et Rose, 1998 et2002 ; Skudenly, 2003 ; Obstfeld and Rogoff, 1996 ; Engel et Rogres,2004 ; de Grauwe et Mongelli, 2005 etc) , et correspond à la mise en œuvre effective du Traité d’Abuja ( signé depuis 1987) qui prévoit la formation de zones monétaires optimales régionales , puis d’une zone monétaire unique en Afrique (avec naturellement une monnaie unique), à l’horizon 2063 ».  

 

Dr S.A. Djelhi Yahot



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