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DECLARATION DU CLUB DES ECONOMISTES AFRICAINS RELATIVE A LA ZONE MONETAIRE CEDEAO



1. Depuis quelques années, le débat sur les monnaies africaines, particulièrement sur le franc CFA, alimente les discussions dans les conférences internationales et interafricaines, aux sein des universités et centres de recherche en Economie, dans des cercles gouvernementaux et dans les journaux spécialisés ou on.  Mais, il a pris de l’ampleur, en ce qui concerne le franc CFA et l’Eco depuis son adoption, le 29 juin 2019 à Abidjan, comme monnaie commune de la zone monétaire CEDEAO en cours de création. Des conférences de presse, des déclarations et même quelques manifestations de rue ont eu lieu dans certains pays africains :  des politiques, des activistes (profanes en la matière) et des journalistes se sont invités dans le débat, de façon non scientifique, dans un domaine aussi technique ; des économistes africains, ont cru bon d’aborder le sujet de façon biaisée, en interprétant politiquement et idéologiquement, les prescriptions économiques. Le Club des Economistes Africains tient à rappeler que :

      - la création de la zone monétaire CEDEAO rentre dans le cadre de l’application du Traité d’Abuja (signé en 1991) qui préconise et impose aux pays africains signataires, la création, dans un premier temps, de zones monétaires régionales africaines, qui devront se fondre, par la suite, en une seule zone monétaire continentale, appelée Zone Monétaire Africaine(ZMA), à l’horizon 2063, dernière  échéance retenue, après la création en Mars 2018 , de la Zone de Libre Echange Africaine ( ZLECA), la première étape de cette intégration monétaire continentale ;

    - la création de zones monétaires est basée sur la théorie de la Zone Monétaire Optimale ( ZMO) dont la première formulation, élaborée en 1961,a valu à son auteur, l’économiste canadien, Robert Mundell, le Prix Nobel en 1999 ,  qui explique qu’il y a plus d’avantages ( bénéfices)  que d’inconvénients  ( coûts), pour les pays, à former une union monétaire ( avec une monnaie unique) qu’à gérer leur économie nationale avec leurs propres monnaies nationales ; cette théorie a été approfondie et confortée par d’autres  grands économistes dont des lauréats de prix Nobel :  McKinnon( Prix Nobel), Kenen, Friedman( Prix Nobel), Obstfeld et Rogoff , Corden, Ishiyama, Barro( Prix Nobel),Kydland et Prescott(Prix Nobel), Krugman( Prix Nobel), Calvo et Reinhart, Frankel et Rose, De Grauwe et Mongelli, Buiter, Buti et Suardi, Edwards et Collins, Calmfors Lars ( Comité d’attribution du Prix Nobel)  et Driffill

        - la création des unions monétaires africaines de la zone CFA (ex-UEMOA et CEMAC) ainsi que celle de la zone monétaire de l’Union Européenne sont fondées sur la théorie de la zone monétaire optimale ;

        - la théorie de la zone monétaire optimale détermine aussi bien les critères et les coûts (encourus) et bénéfices (attendus ou obtenus) que le choix de régime de change optimal, pour un pays qui rejoint une zone monétaire ou en crée une, avec d’autres pays partenaires et que la zone monétaire procure nettement, plus d’avantages que d’inconvénients aux Etats – membres.

       - nier les externalités positives des zones monétaires sur les économies des pays africains, comme le font prétendument certains économistes idéologues, est un déni de la rationalité et des faits économiques, donc un non-sens économique.

2. Dans ce débat, en principe de spécialistes, hautement technique, certains économistes africains en font, malheureusement, un traitement idéologique ou politique. Ainsi, le Collectif de Intellectuels Africains semble avoir choisi la posture idéologique ou politicienne au détriment de la rationalité économique et fait des amalgames entre théorie monétaire, théorie de la croissance économique et théorie des Finances Publiques (cf. sa récente déclaration de début janvier 2020) pour créer la confusion sur la zone monétaire CEDEAO, semer le doute et l’angoisse et créer la méfiance  chez les populations africaines dans le but de susciter  leur non - adhésion  au   Grand Projet d’intégration monétaire des économies africaines.

3. Or, du point de vue macroéconomique, ces différents domaines de la science économique obéissent à des concepts et raisonnements spécifiques et disposent de leurs propres instruments de politique économique, même s’ils concourent, en matière de politique conjoncturelle, au processus macroéconomique (stabilisation ou relance) ;

4. Aussi, ces économistes contribuent- t- ils à brouiller davantage le champ monétaire plutôt que de l’éclairer pour une meilleure intériorisation de la part des agents économiques et des décideurs de politiques publiques et une bonne compréhension du côté des populations africaines.

5. Ainsi, au lieu d’informer objectivement les populations africaines sur le processus de formation de la zone CEDEAO et les fonctions véritables de l’Eco, la nouvelle monnaie, pour leur permettre de se familiariser avec cette dernière, certains économistes ont choisi de combattre et pourfendre, sans fondement scientifique, cette nouvelle zone et sa monnaie, avant même leur fonctionnement effectif. De même, Le Collectif des Intellectuels Africains tente de saper les fondations de cette nouvelle construction monétaire pourtant indispensable pour les économies africaines, dans un univers de globalisation irréversible (de toutes les économies) dont aucun pays ne peut, aujourd’hui, se détacher, pas même les Etats-Unis et la Chine (communiste), les deux plus grandes économies du monde.

6. Or, des études sérieuses, à partir de régressions économétriques, de données empiriques et de démonstrations mathématiques(André Musungaie, 2010 ; Fontagné et Freudenberg, 1999 ; Djelhi Yahot, 2019 ) et des publications  de données  statistiques et indicateurs économiques du FMI, de la Banque Mondiale et de la Banque Africaine de Développement,  indiquent clairement qu’au cours des deux dernières décennies, les  pays- membres de zone monétaire ont réalisé de bien meilleures performances économiques que les pays non-membres de zone monétaire , en Afrique.

7.  Le Club des Economistes Africains :

               - soutient que la formation de la zone monétaire CEDEAO est un processus rationnel d’intégration des économies africaines qui comporte plus d’avantages que d’inconvénients et que l’Eco, comme toute autre monnaie, est un instrument rationnel de politique économique ;

             - rappelle que les intellectuels africains ont le devoir – et même l’obligation morale- d’informer, objectivement et correctement, les populations africaines (encore largement peu éduquées), sur les grands sujets et les problèmes économiques du continent africain, à partir des faits économiques réels (agrégats et indicateurs économiques) et non factices;

            - insiste pour dire que les économistes, particulièrement ceux de l’Afrique, ont donc les mêmes devoir et obligation morale, de mettre leur savoir au service des populations, et non de créer la confusion en leur sein, surtout pas à propos d’un instrument de politique économique aussi important que la monnaie ;

          - entends jouer sa propre partition à travers des études économétriques, des publications d’articles scientifiques et de livres, l’élaboration de théories économiques pour contribuer à créer l’environnement socio-économique propice à la réalisation des critères endogènes, à la minimisation des coûts et à la maximisation des avantages, conditions nécessaires au fonctionnement optimal de la zone monétaire CEDEAO et de l’usage efficace de l’Eco ;

        - s’engage à informer et à sensibiliser les populations africaines, à travers des conférences, des points de presse, des publications d’articles et de livres et des interviews, sur les externalités positives nettement plus importantes que les coûts de la création de la zone CEDEAO et de sa monnaie, l’Eco ;

         - recommande aux intellectuels africains de mener, de façon scientifique et responsable, les débats sur les grands problèmes de l’Afrique, en faisant davantage preuve de rigueur scientifique et en évitant les postures idéologiques ou purement politiciennes, toujours nocives à la cohésion des collectivités africaines ;

         - invite les économistes africains à davantage d’objectivité et de rigueur scientifique, en demeurant sur le terrain proprement scientifique, dans leurs commentaires et analyses sur le processus de création monétaire en Afrique ; 

       - combattra, de toutes ses forces, et sur le terrain proprement scientifique, toute tendance à semer la confusion chez les populations africaines sur les grands sujets d’intérêt général et toute analyse biaisée, idéologique, politicienne ou même politique du processus d’intégration monétaire en Afrique, en particulier, de la zone monétaire CEDEAO.

 

 

                                                                                                 Fait le 10 février   2020

 

                                                                                      Le Club des Economistes Africains

                                                                                      E-mail : clubdeseconomistesafricains@gmail.com



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