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Participation aux législatives : Le pari risqué de l’opposition ivoirienne



Le contexte a peu varié après les douloureux évènements de la crise électorale de 2020. Certes, le pouvoir Rhdp a initié un dialogue auquel le Pdci-RDA et la plateforme Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS) dont le FPI-GOR, ont participé. Ce dialogue a été sanctionné par un rapport qui prévoit entre autres la désignation des membres du bureau des Commissions électorales locales par voie élective, le retour dans les organes de la Commission électorale indépendante des partis politiques membres qui ont suspendu leur participation, l’élargissement de la Commission centrale de la CEI à d’autres partis politiques.

Mais, tout ceci reste des promesses. Et ces résolutions ne prennent guère en compte d’autres revendications clés de l’opposition comme la libération des prisonniers politiques, le retour des exilés et l’abandon des poursuites judiciaires contre eux. Ce qui explique d’ailleurs que bien qu’ayant participé aux discussions, les représentants du Pdci et de EDS ont refusé de parapher le rapport final. Le fossé reste donc profond entre le pouvoir et l’opposition. Les démocrates ivoiriens qui ont mouillé le maillot et qui ont payé un lourd tribut avec des centaines de blessés, de morts et d’emprisonnement lors du boycott, observent avec beaucoup de vigilance cette situation et attendent de ceux qui les ont poussés dans les rues, une démarche cohérente et constante.

Ces électeurs seront-ils enthousiastes à aller dans les urnes alors qu’Alassane Ouattara qu’ils ne voulaient pas voir briguer un troisième mandat inconstitutionnel est encore à la tête du pays ? Peuvent-ils être nombreux à aller voter alors qu’ils constatent que la CEI qu’ils ont combattue dans les rues reste la même ? Nos politiques ne devraient pas se méprendre sur la prise de conscience chez les citoyens ivoiriens qui ne sont plus prêts à être que des bétails électoraux.
 
 
CRAINDRE LE SYNDROME DES MUNICIPALES ET RÉGIONALES 2018

Sans l’assurance d’un engouement chez ses électeurs, sans une confiance réelle dans l’organe électoral et sans assurance de ce que les promesses faites sur la CEI seront toutes tenues et bien tenues, comment l’opposition ivoirienne compte-t-elle éviter de se faire voler des victoires comme ce fut le cas lors des élections municipales et régionales de 2018 où des bureaux de vote non sécurisés ont été vandalisés parfois avec la complicité de représentants de la CEI parce que ces bureaux étaient situés dans des zones favorables aux adversaires des candidats de l’opposition.

L’exemple de Grand-Bassam reste patent. Lors des municipales, des loubards ont fait irruption et cassé des urnes dans des centres de vote au quartier France, fief de Georges Esaley candidat du Pdci, sans être inquiétés. Seule l’annulation des suffrages de ces bureaux par la CEI a permis au candidat du Rhdp l’actuel maire Jean-Louis Moulot, d’être déclaré vainqueur. Une action similaire a eu lieu à Port-Bouët mais sans le même succès.

Si l’opposition peut être sûre d’une chose, c’est que le pouvoir qui reste le même et qui a tiré des leçons de cet épisode, utilisera plus de moyens pour empêcher toute victoire de ses adversaires dans les circonscriptions où il n’est pas sûr de l’emporter. Ne n’oublions pas, bien que déclaré vainqueur à l’issue de la présidentielle controversée du 31 octobre 2020 avec 94,27 de voix, Alassane Ouattara reste en quête de légitimité.

Il compte donc, avec son parti, remporter le plus grand nombre de circonscriptions législatives, pour espérer convaincre le monde entier de ce que sa victoire de la présidentielle n’était pas tronquée. Par ailleurs, le pouvoir ne souhaite surtout pas perdre sa majorité au Parlement. Avec une majorité confortable des sièges, l’Exécutif ivoirien, beaucoup critiqué ces dernières années pour une gouvernance par ordonnances, pourra désormais envoyer plus aisément ses projets de loi au Parlement sans craindre le moindre blocage, toujours avec l’espoir de donner de lui une image de régime démocrate.
QUE GAGNE L’OPPOSITION EN PARTICIPANT À CE SCRUTIN ?

Les primes d’installation de plus de deux millions de FCFA et des salaires et avantages qui se comptent également en millions de FCFA, peuvent constituer un but et un appât pour des députés sortant du Pdci, et des cadres d’autres partis d’opposition. A part ces intérêts matériels et individuels, que gagnerait l’opposition en allant à ces élections avec très peu de chance d’avoir une majorité de députés. A la différence de l’élection des collectivités décentralisées, celle des parlementaires reste une élection seulement politique.

Les élus parlementaires n’ont d’importance véritablement qu’au sein de l’hémicycle. Ils ont moins d’impact sur les populations de leurs circonscriptions à la différence des maires et des présidents de conseils régionaux qui sont des acteurs du développement local. Pourquoi courir alors après une telle élection en prenant le gros risque de se discréditer pour de bon auprès de ses bases et de l’opinion, et pour offrir sur un plateau d’or au pouvoir Rhdp une légitimité qu’il ne mérite pas ?

Même si par miracle l’opposition parvenait à empêcher le Rhdp d’obtenir la majorité qu’il recherche, quel impact réel cela pourrait avoir sur la gouvernance, vu que le régime politique ivoirien reste très présidentialiste et qu’un parlement même hostile ou équilibré n’a jamais pu barrer le chemin à l’exécutif qui a d’autres voies pour prendre des décisions nationales. Et si c’est la présidence de l’Assemblée nationale qui serait lorgnée par certains partis d’opposition, ils ne devraient pas oublier que la Constitution de 2016 a considérablement réduit l’importance et les chances du chef du Parlement dans l’ordre de succession en cas de vacance au poste de président de la République.
CE QUE GAGNE L’OPPOSITION EN N’ACCOMPAGNANT PAS LE RHDP

En restant cohérent, sans participer aux élections législatives organisées dans le même climat et dans les mêmes conditions que la présidentielle qu’elle a boycottée, l’opposition gardera son unité, donc sa force et le respect de l’opinion nationale et internationale. D’aucuns diront qu’il ne faille pas demeurer dans la politique de la chaise vide.

Mais quelle place aura vraiment cette opposition dans un paysage politique contrôlé par un pouvoir qu’elle aura contribué à légitimer après l’avoir présenté au monde entier comme une dictature ? Le Pdci, par exemple, a été présent dans les deux dernières législatures, mais cela lui a-t-il évité d’être humilié par le régime Ouattara quand il n’en avait plus besoin ? Un régime qui n’a jamais eu de réelle considération pour le Parlement ou pour les députés qui sont jetés en prison malgré leur immunité à l’indignation de la communauté internationale !

Pourtant, durant la même décennie, bien qu’absent des institutions, le FPI de Laurent Gbagbo est resté la force politique la plus respectée et la plus courtisée. On le voit, ne pas être au Parlement n’est pas synonyme d’absence du jeu politique. En restant soudée dans la constance, l’opposition finira, à coup sûr par obtenir la libération de ses membres emprisonnés, le retour de ses leaders en exil, et les conditions d’un jeu électoral crédible et transparent comme le RDR et le Pdci l’ont obtenu en 2010 et remporté dignement l’élection présidentielle.

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